jeudi 31 juillet 2008

La DÉCISION, Auteurs : Flor Lurienne et Léonore Chaix

La journaliste :

Aujourd’hui, pour la première fois, La Décision nous ouvre les portes de sa célèbre clinique qui accueille les individus souffrant de cette terrible maladie qu’on appelle l’aboulie.

Aboulie, du grec, aboulia : inaptitude à choisir, à se décider, à passer à l’acte.

Me voilà au pied du mur du cabinet de la Décision, grande doctoresse émérite, dont le vaste bureau arbore fièrement son enseigne « prenez moi avant que je ne vous prenne ».

Blouse blanche et regard dédaigneux de ceux qui ne doutent jamais, la décision me serre, heu, m’arrache, la main :

La décision :

« Ici, on ne vous aidera pas à viser la BONNE ou la MAUVAISE décision. Qu’importe la cible, l’important C’EST DE TIRER »

La journaliste :

On l’aura compris, l’heure n’est pas au doute et c’est dans cet esprit que la décision nous entraîne dans la salle de ponte.

La décision :

Vous avez devant vous les abouliques incurables. Ils sont à 0 de volonté. En d’autres termes, ils branlent dans le manche…

La journaliste :

Vous voulez dire: Ils n’y vont que d’une fesse…?

La décision :

C’est ça. Allez, Je vais plutôt vous présenter un cas très intéressant… Voilà Monique. Monique, bonjour !

Monique :

Bonjour !

La décision :

Monique, parlez dans le micro… De quoi souffrez-vous donc ?

Monique :

Ben, je suis remplie de doute... Regardez-moi, ça déborde de partout !

La décision :

Et ça vous tiraille ?

Monique :

Énormément.

La décision :

Depuis combien de temps ?

Monique :

403 jours

La décision :

C’est que vous êtes à terme.

Monique :

C’est grave ?

La décision :

C’est l’heure qui est grave. Vous devez la sortir, cette décision, Monique…Vous ne l’entendez pas crier au fond de vous même ?

Allez on va vous libérer. On va passer en salle de travail.

La journaliste :

Attention pour la toute première fois nous allons assister en direct à l’expulsion d’une Décision… Nous avons devant nous des machines, assez terrifiantes d’ailleurs qui ne sont pas sans nous rappeler de célèbres instruments de torture…

La décision :

Première machine.

La capsule à angoisses. C’est pour les décisions à domicile : elle fait un maximum de boucan et asphyxie tout l’entourage.

La vie de famille devient irrespirable, et le patient acculé crache sa décision pour sauver les meubles.

La journaliste :

Oui, oui je vois… Et cette horrible machine, qu’est-ce que c’est ?

La décision :

Là, c’est du sérieux. C’est le pressoir. Coincez votre tête dans cet étau, Monique.

Monique :

Ça va faire mal ?

La décision :

Attention, on va presser les idées. 1, 2, 3

Monique :

Aïe, aïe, aïe !

La décision :

Oh, la la, non, Monique… ça va pas du tout.: C’est le souc là dedans : aucun discernement… On a beau vous prendre la tête, rien n’en sort. On va essayer de sortir votre réponse par voie basse.

Allongez-vous. Je vais vous sauter dessus. Attention, on se calme, on respire, on fait le chien ? Je saute !

Monique :

Hahaha

AAAAAhhh, vous m’avez arraché les tripes !

La décision :

Elle ne passe pas, cette décision… Col ouvert à 7, pourtant.

Monique, pour vous c’est les grands moyens. On va tenter la machine à tergiverser !

C’est parti !

Monique :

Oui, non, oui, non, oui, non…………… NOOOOOOON

La décision :

Hé bien voilàààààà… Monique, vous avez accouché d’un beau non : 4kg 5OO

Monique :

Oh qu’il est mignon ce non! Je le reconnais, c’est vraiment le mien, c’est sûr.

La journaliste :

Qu’est-ce qu’il vous ressemble !

Monique :

Je me sens soulagée d’un coup, mais fatiguée… déprimée…

La décision :

C’est normal. Vous savez, prendre une décision, c’est aussi renoncer à quelque chose… Vous avez le blues de la décision, Monique. On va vous amener en salle de repos…

La journaliste :

Merci Monique pour votre collaboration… On va vous laisser profiter de votre « non »… Au revoir Monique…et félicitations !

Et c’est qui, ce monsieur, là-bas ?

La décision :

Ah ben, c’est Monsieur Leroy. Il a enfin accouché… C’était long à se décanter pour lui, hein ! Enfin, il a fini par la pisser, sa côtelette…

La journaliste :

Qu’est-ce qu’il a eu ?

La décision :

Ben… Un « oui ».

La journaliste :

Il a une drôle de tête son « oui » ?

La décision :

Ben justement, tout est là, il s’est trompé.

Bon ben je vais vous laisser… C’est la pleine lune, y’a foule, ils ont tous une décision à prendre… Au suivant !

La journaliste :

Et bien, chers auditeurs… Voici une bonne nouvelle, si vous êtes sous l’emprise d’un choix cornélien, rassurez-vous, vous pourrez toujours vous rabattre sur la clinique des abouliques où on vous accueillera les bras grands ouverts, bonne journée !

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